Rencontres et partis pris

Tenter d’expliquer une œuvre, c’est la désamorcer. Et il n’y a aucun moyen non plus d’éviter cette réduction. On peut seulement tenter de retarder ce moment le plus longtemps possible. Et c’est en retardant ce moment que nous nous ouvrons à l’œuvre.

En 1976 et en 2018, soit à quarante années de distance et presque aux deux extrémités de ce recueil d’écrits sur l’art, Marcel Cohen énonce presque mot pour mot ce même principe. Faut-il parler de coïncidence ? De constance, plutôt : celle d’un écrivain fidèle à des rencontres dont il a fait des partis-pris sans sacrifier son exigence de retenue face aux œuvres qu’il accompagne.
Compagnonnages, en effet, qu’ils soient immédiats ou lointains : Antonio Saura plus que tout autre, mais aussi Arnulf Rainer, Colette Brunschwig, Bram van Velde, Kenzuo Shiraga… Démontrant une affection instinctive et sans faille pour les artistes auxquels l’épreuve de l’histoire ou des écueils personnels ont imposé une pratique mesurée, contrariée, voire empêchée – en un mot : éthique – de leur art, l’auteur se hisse à cette noble pauvreté, à cette élégance mathématique où il décèle un idéal.

Date de publication : 16 avril 2021
Format : 16 x 20 cm
Poids : 600 gr.
Nombre de pages : 352
ISBN : 978-2-85035-034-4
Prix : 25 €

En 1976 et en 2018, soit à quarante années de distance et presque aux deux extrémités de ce recueil d’écrits sur l’art, Marcel Cohen énonce presque mot pour mot le même principe : « Tenter d’expliquer une œuvre, c’est la désamorcer. […] Et il n’y a aucun moyen non plus d’éviter cette réduction. On peut seulement tenter de retarder ce moment le plus longtemps possible. Et c’est en retardant ce moment que nous nous ouvrons à l’œuvre. » Faut-il parler de coïncidence ? De constance, plutôt : celle d’un écrivain fidèle à des rencontres dont il a fait des partis-pris sans sacrifier son exigence de retenue face aux œuvres qu’il accompagne.

En effet, à considérer ces quelque quarante analyses issues de catalogues épars, force est de parler de compagnonnages, que ceux-ci soient immédiats ou bien lointains. Antonio Saura, plus que tout autre, mais aussi Arnulf Rainer, Colette Brunschwig, Bram van Velde, Kezuo Shiraga… : l’auteur démontre dans l’ensemble une affinité instinctive avec les figures d’artistes auxquels l’épreuve de l’histoire ou des écueils personnels ont imposé, aux dépens de toute somptuosité esthétique, une pratique « éthique », mesurée, appauvrie, voire empêchée de leur art, ainsi qu’un sentiment très clair de leurs limites : « Il serait bien étrange que, face aux situations extrêmes, des créateurs ne sentent pas toute l’inanité de leur art. » Ce sont donc au moins autant les hommes que les œuvres qui importent à Marcel Cohen, et ses analyses sont presque toujours des esquisses de portraits à valeur quasi exemplaire : « Un tableau n’est qu’un amas de matières colorées si l’homme qui tient le pinceau n’est pas tout à nos yeux ».

Fidèle, Marcel Cohen l’est aussi en littérature. Suivant toujours l’analyse de Malraux qui entrevoyait dans le Goya des Désastres de la guerre, renonçant à toute débauche de son savoir-faire pour « désaveugler » les hommes, le premier des peintres modernes ; s’en tenant sans désemparer aux paroles d’Hermann Broch contre l’art « tape-à-l’œil » ; répétant de texte en texte tel propos précis de Beckett, Blanchot, Jabès, Kafka…, l’auteur se montre comme le grand lecteur qu’il est, grand en cela qu’il sait reconnaître avec humilité dans les phrases d’autrui l’expression de sa propre pensée et n’hésite pas à lui laisser toute la place, avec une note sensible de gratitude. Souvenons-nous que c’était déjà sa méthode dans l’Autoportrait en lecteur.

Procédant du reste par paragraphes tendant au fragment, son écriture s’assimile à cette noble pauvreté qu’il décèle chez les artistes qu’il admire, à cette « élégance mathématique » dans laquelle il perçoit un idéal artistique. Il offre ainsi, en acte, un véritable modèle d’écriture sur l’art.

Les auteurs

Marcel Cohen est né en 1937. Il est notamment l’auteur d’une série de livres intitulés Faits, tous parus chez Gallimard. L’œuvre de Marcel Cohen témoigne de la fermeté de ses choix : un souci de s’en tenir aux faits, une volonté de congédier la fiction romanesque, une méfiance envers toute esthétisation du réel, un parti pris d’écriture impersonnelle, une responsabilité et une politique de l’écriture qui n’admettent aucun compromis. Contemporain majeur autant que discret, Marcel Cohen pense l’écrivain comme la somme de ce qu’il sait lire, noter, déchiffrer, des pages des livres aux chroniques des journaux et jusqu’aux signes du monde.

Presse

Patrick Corneau, Le Lorgnon mélancolique
Gérard-Georges Lemaire, Visuelimage
Jean-Claude Leroy, blog Médiapart
Fabien Ribery, L’Intervalle
Christian Rosset, Diacritik
Michaël de Saint-Chéron, BibliObs

Pascal Bonafoux, Art absolument
Daniel Leuwers, Les eaux vives
Thierry Romagné, Artpress

Bonafoux sur Cohen
Leuwers sur Cohen
Romagné sur Cohen

Extraits

Feuilleter… Rencontres et partis pris

Essais sur l’art

Parce qu’ils s’entendent à restituer dans le corps de la langue une expérience intime des œuvres, les écrivains, eux-mêmes créateurs, sont peut-être les plus à même de tenir un propos sur l’art. Suivant cette voie tangente à la critique académique, la collection « Essais sur l’art » recueille le point de vue d’auteurs qui se sentent partie liée à d’autres formes de langage.
« Un discours sur l’œuvre de peinture qui ne serait autre que le discours de l’œuvre de peinture est-il possible ? » (Louis Marin) — voilà qui pourrait être un des enjeux de cette collection.

As they want to render an intimate experience of the works of art into the language itself, writers – who are also creators – may be the most likely to talk about art. Following this path similar to academic critics, the collection “Essays on art” gathers points of view of authors who feel linked to other forms of language.
“Is a speech
about painting – which would be no other than the speech of painting – possible ?” (Louis Marin) : this could be one of this collection’s issues.