Le Dernier mur

Le dernier mur est la retranscription et le remontage de plusieurs entretiens que mena Jean Daive, notamment dans le cadre de l’émission radiophonique « Peinture fraîche » qu’il anima sur les ondes de France Culture de 1997 à 2009. En longeant ce « dernier mur », on ne cesse de se perdre dans les ruelles de la parole, de faire des rencontres lumineuses, celles d’artistes, de théoriciens et d’écrivains qui se racontent et déploient leurs univers, comme Georges Didi-Huberman, Joseph Kosuth, Nicole Loraux, Zoran Music, Aurélie Nemours ou Kiki Smith.

Date de publication : 15 mars 2024
Format : 16 x 20 cm
Poids : 700 gr.
Nombre de pages : 312
ISBN : 978-2-85035-145-7
Prix : 25 €

En ouverture, une photographie choisie par Jean Daive fait résonner le titre de l’ouvrage, en l’éclairant et en le laissant à son obscurité en même temps, une photographie en noir et blanc dont un certain flou fait le charme étrange : Jardin de l’enfance et son mur du fond, vers 1942. Ainsi nous est donné à voir le premier mur, avec son air de ruine, ses briques en terre cuite, son lierre grimpant. Tandis que le dernier mur, on ne peut que l’entrevoir, comme s’il s’éloignait toujours.

Dans chaque entretien, il fait une apparition furtive. On le voit brièvement, par exemple, quand Kiki Smith raconte : « L’autre jour, je marchais dans la rue et j’ai vu une palissade bleue et j’ai pensé que la raison pour laquelle j’aime être vivante, c’est parce que j’aime voir les couleurs. » Plus qu’un horizon, le dernier mur est un mur qu’on longe, qu’on ne cesse jamais de longer. Cette manière d’être dans le dédale du temps qui passe, on l’apprend avec Jean Daive en compagnie des artistes, comme Kiki Smith, qui confie encore : « Je ne sais pas très bien ce que je veux faire. Travailler à partir des expériences de la vie. Mon travail est un reflet de ce qui m’arrive dans la vie à certains moments. Je n’ai pas de but. C’est une réaction. »

Une autre rencontre qu’on peut faire au cours de ces entretiens, et qui nous enseigne également une manière de longer les murs du temps, est celle de Georges Didi-Huberman. Il évoque ainsi le modèle de temps non-linéaire qu’il élabore en se référant à Aby Warburg et Walter Benjamin : « un modèle de temps qui n’est plus continu et qui n’est pas non plus un modèle où les choses meurent », mais plutôt « un modèle où des choses passent en dessous et demeurent indestructibles », un modèle tissé de « survivances ». C’est comme cela que se présente aussi Le dernier mur, privilégiant moins une continuité rassurante de la parole, que les discontinuités, les circulations souterraines, et les illuminations soudaines qui peuvent survenir au fil de ces entretiens passionnants.

Avec les voix retranscrites de : Bernard Bazile, Jean-Charles Blais, Sylvie Blocher, Bernard Buffet, Jorge Camacho, Francesco Clemente, Hubert Damisch, Georges Didi-Huberman, Jean Le Gac, Maurice Garnier, Angela Grauerholz, Friedensreich Hundertwasser, Raoul de Keyser, Joseph Kosuth, Eugène Leroy, Nicole Loraux, Raymond Mason, Tania Mouraud, Zoran Music, Aurélie Nemours, Shirin Neshat, Sophie Ristelhueber, François Rouan, Kiki Smith, Jesús Rafael Soto, Éric Suchère, Niele Toroni, Richard Tuttle, Alain Veinstein, Jean-Charles Vergne.

Les auteurs

Né en 1941, Jean Daive est connu pour son travail d’homme de radio à France Culture, où il anima, entre 1975 et 2009, les émissions Nuits magnétiques (avec Alain Veinstein) et Peinture fraîche (1997-2009)
Il est l’auteur d’une vaste œuvre écrite qui embrasse à la fois le roman, la poésie et la critique. Sa bibliographie compte en particulier trois cycles publiés chez P.O.L : Narration d’équilibre, la Condition d’infini et Trilogie du temps.
Il a également proposé plusieurs traductions (Paul Celan, Robert Creeley, Norma Cole).
Au fil des années, il a fondé et dirigé plusieurs revues : Fragments (Brunidor, 1970-1973) ; fig., (Fourbis, 1989-1992) ; Fin (galerie Pierre Brullé, 1998-2006) ; Koshkonong (Eric Pesty éditeur, 2013-), Brille Babil (Éditions des crépuscules, 2021-).

[Photographie : ©Jean-Marc de SAMIE]

Presse

Entretien de Jean Daive avec Yves Tenret, Radio Aligre

Jean-Claude Leroy, Poesibao
Fabien Ribery, L’Intervalle

Extraits

« Le mur se manifeste dans l’impulsion. Il joue le rôle de fondateur et son activité est permanente. Il préside au temps. Le mur est à la rencontre des seuils, des recommencements et des ouvertures. Le mur est ce qui manque à la maison qui se rêve. Pas de toit pour un mur. Mais un chemin. Mais un sentier. Un sentier longe le mur et le mur sépare l’espace. Sépare l’horizon. Sépare comme ici, un parc avec son cèdre du Liban et un champ de blé. Le sentier est de terre battue. Le mur est en briques. Le mur est outragé. Cœurs gravés au canif. Mots fulgurants. Paroles gravées à la pointe d’un clou. Slogans. Dessins sexuels ou jérémiades sexuelles. Revendications syndicales. Cantiques et cris d’alarme. Cris de détresse. Serments amoureux. Des « pour toujours » assermentés. Traces d’affiches arrachées. Traces d’avis municipaux. Le mur préside au temps, préside au pas qui vient et répète le pas. Je répète le pas. Plus de cent pas. Plus de cent fois un pas. Je compte le pas. Cent vingt pas pour quitter le mur et en longer un autre plus loin. Cent vingt pas pour longer le mur. » (Jean Daive, « Le mur et Saturne »)

« Jean Daive : “Le temps s’élance comme un bretzel”.
Georges Didi-Huberman : C’est joli, non ?
J. D. : Parce que le bretzel ne s’élance pas, il est un élancement étouffé. Contrarié.
G. D-H. : Non : “Le temps s’élance comme un bretzel”, c’est une citation. C’est un enfant qui a prononcé cela, dans un jardin, et Walter Benjamin a recopié cela.
J. D. : C’est joli.
G. D-H : Et je fais un commentaire critique. Je ne suis pas d’accord avec l’enfant, je pense en fait que le temps s’élance comme un strudel. C’est ma fameuse théorie des strudels.
J. D. : Le temps des strudels est un temps feuilleté.
G. D-H. : Oui, mais en plus – je dis strudel parce que quand Benjamin parle de l’origine, il dit que c’est un strudel, c’est-à-dire un tourbillon, un temps de fleurs. »

Essais sur l’art

L’essai est une forme qui se détermine à chacun de ses usages, une forme différant sans cesse d’elle-même, autrement dit une forme ouverte. Ne jamais quitter le terrain de l’expérimentation pour celui de la certitude, c’est ce que voudraient permettre ces « essais sur l’art », qui dans leur pluralité ont en commun de chercher moins à dire une vérité figée sur les œuvres qu’à remettre en jeu et en mouvement leur secret.
« Un discours sur l’œuvre de peinture qui ne serait autre que le discours de l’œuvre de peinture est-il possible ? » (Louis Marin) — voilà qui pourrait être un des enjeux de cette collection.

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