Piero Di Cosimo ou la forêt sacrilège

« Avec Piero di Cosimo, l’incroyable est arrivé : grâce à Vasari, qui fut le premier et le dernier à le célébrer au XVIe siècle, les chercheurs et les historiens du XIXe et du XXe siècle ont tenté de reconstituer ce qui est resté de son œuvre dispersée et que l’on attribuait souvent à d’autres peintres. L’énigme a resurgi, mutilée mais impressionnante par sa singularité : les surréalistes ne s’y trompèrent pas, qui furent les premiers à lui rendre hommage. »
C’est dans cette lignée qu’il faut replacer l’essai d’Alain Jouffroy, premier livre français consacré à Piero di Cosimo. Abreuvé aux recherches des érudits, l’écrivain fait le choix de la subjectivité : « Je pleure, je ris, je veille et je suis sourd aux appels d’un homme extraordinairement ex-centrique, qui a situé le centre de tout hors de tous les cercles où pourrait subsister ce qu’on appelle un “centre”. »

Date de publication : 14 mai 2021
Format : 11,5 x 16 cm cm
Nombre de pages : 96
ISBN : 978-2-85035-042-9
Prix : 6.5 €

C’est de fait son œuvre profane et mythologique qui intéresse Jouffroy, au détriment d’une œuvre religieuse dans laquelle il décèle une concession du contemporain des Médicis et de Savonarole « à la malveillance du pouvoir des princes et à la surveillance de l’Inquisition ». Ce n’est pas pour rien qu’il dédie son livre André Breton, défenseur des « briseurs de barrières » et auteur avec Gérard Legrand de L’Art magique : « Piero di Cosimo, affirme-t-il, n’a pas peint ces tableaux pour nous rassurer, mais pour dialoguer avec nous dans un autre langage que celui de la raison : un langage plus exact que celui des mots, où l’ordre que nous croyons par notre pensée introduire dans le chaos du monde est entièrement remis en cause, mais en douceur. »
Vénus, Mars et amours, La Mort de Procris, La Chute de Vulcain ou Hylas et les Naïades, Vulcain et Éole, Combat des Centaures et des Lapithes, Persée libérant Andromède… : autant de tableaux qui doivent leur titre à l’iconologie et que Jouffroy scrute à frais nouveaux, avec passion autant qu’avec prudence, pour finalement y déchiffrer « un probable mouvement d’opposition clandestin aux dogmes de la philosophie néo-platonicienne à la mode, comme aux pouvoirs religieux et civils de l’époque », l’œuvre d’un «  nostalgique du triomphe sur l’impossible, qui aurait trouvé le moyen de s’exiler dans sa propre cité ». Toiles longues et basses d’où le ciel de la transcendance est presque absent ; scènes de chasse, de combats et d’amours sensuelles et meurtrières célébrant l’existence terrestre ; rêveries d’un homme que Jouffroy présente à la suite de Vasari comme un demi-ermite pour qui la peinture fut le moyen de penser à l’écart.

Les auteurs

Poète, romancier, essayiste et critique d’art, Alain Jouffroy (1928-2015) a débuté son itinéraire d’écrivain sous l’égide d’André Breton, René Char et Henri Michaux. Il est l’auteur de plus d’une centaine de livres qui lui ont valu en 2007 le prix Goncourt de la poésie. Il fut aussi co-fondateur de la collection Poésie/Gallimard. Grand voyageur, il se définissait comme un conciliateur « d’antagonismes vivants », « mettant beaucoup d’orgueil à défendre ceux que l’on a plongés dans l’ombre » et attentif « à tous les survenants », comme en témoignent ses études consacrées à Piero di Cosimo et Jacques-Louis David, reprises dans la collection Studiolo.

Extraits

Feuilleter… Piero di Cosimo

Studiolo

Une collection de « livres de poche » (petits formats, petits prix), consacrés à l’art. Des livres illustrés, rééditions d’ouvrages épuisés ou publications inédites. Monographies, écrits d’artistes, essais.