Le Facteur Cheval et son Palais idéal

Ce palais idéal, ce palais très vaste et rigoureusement inhabitable, ce résumé de toutes choses de l’univers, ce bâtiment longuement, amoureusement enrichi et orné, ce somptueux château sorti d’un songe est bien fait pour accueillir d’autres songes.
Qui d’entre nous, à l’instar de Cheval et de Jules Verne, n’a pas eu la tentation de creuser un souterrain, de bâtir une maison dans un arbre, de clore hermétiquement une cabane, afin de vivre aux lisières du mystère, de l’impossible, en oubliant le quotidien et le social ?

Date de publication : 14 mai 2021
Format : 11,5 x 16 cm cm
Nombre de pages : 160
ISBN : 978-2-85035-040-5
Prix : 7.5 €

À la lecture de l’ouvrage d’Alain Borne, paru pour la première fois à titre posthume en 1969 aux éditions Robert Morel, on peine à se garder d’une curieuse émotion rétrospective, la même peut-être qui mena l’auteur à consacrer cette mince étude à la personne et l’œuvre de Ferdinand Cheval, à une époque où la première n’était encore qu’une ombre et la seconde, pas encore une pièce de patrimoine. Il suffit presque d’ouvrir le livre au hasard pour entendre cette époque et comprendre cette émotion :
Si d’autres déjà avaient livré au grand public la figure du facteur Cheval, il me serait permis de montrer ici son monument comme on fait en une monographie d’un château médiéval ou d’une cathédrale gothique. Mais puisque Ferdinand Cheval est encore un inconnu pour le plus grand nombre, je préfère accepter que le présent livre ne soit que l’esquisse d’un ouvrage plus important et ne pas négliger les liens bouleversants qui unissent le monument compliqué et inquiétant à l’homme simple traversé par un rêve qui le dépasse et lui permet, grâce à une surhumaine et presque incompréhensible opiniâtreté, d’accéder à l’art.
Le livre est tout entier conforme à ce ton et à ce dessein. Les parties monographiques ne manquent certes pas, Cheval étant l’homme d’une seule œuvre et le Palais idéal, l’œuvre d’un seul homme ; et au lecteur qui ne connaîtrait encore ni l’un ni l’autre, le livre, en plus des aperçus photographiques, fournira donc l’ensemble des écrits de Ferdinand Cheval (son fameux « testament » et ses lettres).
Mais dans la mesure où ces approches sont susceptibles d’avoir été depuis rendues désuètes par la recherche, l’autre et véritable intérêt de ce livre réside dans le regard d’Alain Borne lui-même, qui, sans jamais se détourner de son sujet, ne fait aucunement mystère de ce qu’il se livre en grande partie à une spéculation sur les liens qui unissent l’homme et son œuvre. « Nous savons si peu de choses sur Cheval qu’il nous faut le réduire presqu’à une entité », avoue-t-il, profitant de ce vide de savoir pour se laisser guider par son émotion. Dans une langue d’une somptuosité d’époque, il laisse ainsi des pages de réflexions concentrées et sensibles sur « la bataille de l’œuvre » ou le rapport de l’art à la mort et à la sexualité, pages dans lesquelles, derrière la marque de son temps, on ne serait pas étonné de découvrir un autoportrait.
Un livre précieux, à verser à la littérature consacrée à Cheval et à l’art naïf, mais surtout à garder pour son supplément d’âme.

Les auteurs

Le poète et écrivain Alain Borne est né en 1915 dans l’Allier et a trouvé la mort dans un accident de voiture en 1962 à Lapalud. Dès 1922, sa famille déménage à Montélimar, ville qu’il ne quittera plus en dehors de ses études de droit à Grenoble. La vie en province et son métier d’avocat ont vraisemblablement freiné sa reconnaissance dans le monde littéraire.
Son écriture alterne entre prose et vers libérés dans une poétique ayant recours à de nombreux symboles tels que les saisons, les oiseaux ou les blés. Et toujours on retrouve la voix singulière d’Alain Borne à travers des histoires et des poèmes où règnent l’amour, la mort, l’enfance et les songes.
En 1939, il goûte déjà au succès avec son premier recueil, Cicatrices de songes, qui reçoit le prix Saint-Pol-Roux. Entre 1940 et 1945, il participe, avec son ami Pierre Seghers et d’autres résistants, aux revues Poésie et Confluences. Puis, en 1942, il dénonce les horreurs de la guerre dans son recueil Contre-feu où il accuse Dieu pour son silence face à tant de souffrance. Ces dernières années, son travail regagne en popularité comme en témoigne la publication de plusieurs anthologies et recueils de nouvelles ou poèmes par les éditions Voix d’encre.
Dès qu’il découvre le Facteur Cheval, il songe à écrire « sur ce cas unique et héroïque ». Pourtant, d’autres projets et les aléas de la vie le tiennent occupé pendant des années et le livre ne voit pas le jour avant 1969.

Extraits

Feuilleter… Le Facteur Cheval

Studiolo

Une collection de « livres de poche » (petits formats, petits prix), consacrés à l’art. Des livres illustrés, rééditions d’ouvrages épuisés ou publications inédites. Monographies, écrits d’artistes, essais.