Seuil du seul

Écrit au fil des pas, Seuil du seul est le récit d’une randonnée solitaire en Écosse, sur l’île de Skye, et le carnet d’une descente en soi, d’une catabase poétique.
Qu’est-ce que voyager au sein des solitudes sinon un désapprentissage de la société ? Et qu’est la vie en société, pour la plupart, sinon la perte, jour après jour, d’un grand dialogue avec le vivant, un dialogue direct, nu, sans poétisme ? On découvre alors avec Ishmaël, le narrateur de Moby Dick, que : « rien ne peut plus contenter sinon la plus extrême limite de la terre ».
L’unique manière de réengager ce dialogue implique de se distancer du social, en voyageant – en soi et dans un territoire – en commençant par faire le vide. Faire le vide pour que la force à nouveau abonde. Faire le vide comme afflue la source dans le lit asséché d’une rivière, comme l’hiver prépare le printemps.
Faire le vide pour retrouver le goût sauvage de ses propres rivages ouverts aux vents du large.

Date de publication : 18 mars 2022
Format : 22 x 22 cm
Nombre de pages : 80
ISBN : 978-2-85035-054-2
Prix : 25 €

Ce livre – celui qui y parle l’annonce – ne se veut ni « une énième poétique » ni « un renouveau lyrique de l’Utopie ». Il dédaigne de définir et plus encore de tenir la moindre position : « Un positionnement, uniquement. Un positionnement sans volonté d’occuper une position, d’asseoir un pouvoir sur autrui, d’exercer une influence sur une audience, de cultiver une quelconque dépendance ni d’augmenter sa propre importance. »
Dès lors, comment qualifier cet ensemble de fragments, entrecoupé du récit d’une marche de plusieurs jours sur l’île de Skye, au nord de l’Écosse ? Poétique, aphoristique, didactique, c’est un vade-mecum qui semble exiger du lecteur de délaisser le livre sitôt lu, une initiation pas à pas qui ne demande rien tant qu’à être dépassée, un traité de pensée sans maître.
L’enjeu de ce cheminement auquel l’auteur invite : non pas renouer avec son « moi profond », mais, justement débarrassé de ce « défaut d’optique » qu’est « le faux prestige de l’identité », entrer en dialogue avec la part ignorée, nocturne, originelle, fluctuante, inassignable et donc réellement vivante qui constituerait le fonds de l’homme et l’espace de la poésie.
« Sur Skye, j’ai approché une pensée première, une force ignée de la pierre, à l’image de son paysage, taillé par les éléments avec vigueur, lenteur, jusqu’à son noyau quintessencié. Les quarante-huit fragments qui suivent, jalonnent ce chemin, celui d’un passage. » Pierre Cendors conjugue ici la forme du récit de voyage, qui fournissait la trame de L’Invisible dehors, et celle du traité, déjà éprouvée dans le Tractatus solitarius.

Les auteurs

Franco-irlandais, né en 1968, Pierre Cendors s’attache, de livre en livre, à capter un langage poétique, plus ancien et plus vivifiant que la parole, un langage qui n’est pas seulement humain, mais ouvert à la vie élémentaire, au terrestre, à l’écoute d’une primordialité ardente, qui est à l’homme ce que les espaces sauvages sont à l’animal. Il vit dans les Terres noires (marneuses) du Haut-Diois. Il est l’auteur de romans (derniers titres parus : L’Énigmaire, Quidam, 2021 ; Silens Moon, 2019 ; Vie posthume d’Edward Markham, 2018 ; Minuit en mon silence, 2017, Le Tripode), de récits (L’Invisible dehors, Isolato, 2015), de nouvelles (Exil Exit, La Part commune, 2014) et de poèmes (Les Hauts Bois, Isolato, 2013).

Jacques Mataly, né en 1955, vit à Toulouse ; il est représenté par la galerie
Jean-Paul Barrès à Toulouse, et par la galerie Arrêt sur l’image à Bordeaux. Son travail a notamment été exposé à l’Abbaye de Beaulieu, à l’Abbaye-aux-Dames à Saintes, à la Galerie du Château d’eau à Toulouse, au MAAO à Paris, au Museo de Bellas Artes à Huelva, etc. Il a publié Ligne (Abbaye-aux-Dames, Saintes, 2002), Rémanences (Éditions de l’Œil, 2001).

Extraits

C’est pour être seul, et recouvrer une plus ample solitude, que je suis allé au nord-ouest, cette année-là. C’est pour faire en ma compagnie un bout de chemin loin de moi-même, pour retrouver un état de « vacance », que j’ai pris, un matin de printemps, la route la plus longue à travers les Hautes-Terres d’Ecosse en direction des Hébrides intérieures, jusqu’à l’île de Skye.
L’endroit m’était inconnu. Ma destination, la Black Cuillin, une chaîne volcanique, connue pour sa roche noire plutonique, le gabbro, était uniquement accessible à pied. Sitôt arrivé, je tournai le dos aux habitations, quittai les sentiers, et marchai en direction des montagnes. Le contenu de mon sac à dos m’assurait une autonomie d’une dizaine de jours.
J’avançais sans m’attarder tout en prenant mon temps. Je ne quittais pas les parois rocheuses des yeux. Un soir, j’installai ma tente en face du Blà Bheinn, la montagne bleue, une levée rocheuse profondément entaillée. Vers dix-neuf heures, en mai, lorsque qu’un arriéré de soleil effleure les reliefs, on peut y voir les traits clairement dessinés, le visage au repos, d’un vénérable mage chinois. Ses yeux sont fendus, ses cernes creusés, le nez long et mince est prolongé d’une fine barbe filamenteuse qui se perd parmi les sillons de la roche.
Une joue s’incline dans la paume de sa main. Il médite. Il veille. Je me suis demandé quelle était la nature d’un recueillement si profondément immémorial. Elle m’a paru essentielle car distante du monde humain, infiniment éloignée des pensées effrénées des hommes et de leur cœur intranquille.
L’inertie apparente du minéral est un feu froid ; qui en contemple la flamme immobile découvre en soi la force sombre qu’elle attise. Ce n’est pas un foyer auprès duquel on trouvera humainement à se réchauffer, mais pour qui pratique la solitude en solitaire, cela ravive en soi une lucidité primordiale.
« Bien qu’aucun homme ne puisse voir à travers elles, écrit Hugh MacDiarmid, [...] ces pierres nues me ramènent à la réalité. J’en prends une et je tiens dans la main, le commencement et la fin du monde. »
Sur Skye, j’ai approché une pensée première, une force ignée de la pierre, à l’image de son paysage taillé par les éléments avec vigueur, lenteur, jusqu’à son noyau quintessencié.

Les quarante-neuf fragments qui suivent, jalonnent ce chemin, celui d’un passage, comme le ferait des pierres dressées sur un site – que l’on voit –, alignées dans l’étendue selon un champ de forces – que l’on ne voit pas.

Littérature

Indifférente aux démarcations de genres, la collection « Littérature » entend représenter une approche curieuse de la création littéraire contemporaine. Poésie, récits singuliers : sans autres guides que la surprise et l’émotion, elle s’ouvre à des formes inédites, entêtantes, qu’elle enrichit en les accompagnant d’œuvres originales.

Indifferent to the dividing lines between genres, the collection « Literature » aims to represent a curious approach of the contemporary literary creation. Poesy, singular stories : with no other guides than surprise and emotion, it opens up to new and enhanced forms, paired with original works of art.