Fictions du corps

Cela vient des rêves, mais plutôt de ces moments où on rêve dans la ville.
Une silhouette, une architecture, un fou.
Ou notre propre malaise, ou l’incompréhension de ce qui se passe, où on va et pourquoi.
Collectionner ces moments. Aller au bout de ce qu’ils désignent.
Des fictions naissent, notes sur les hommes à repousse, notes sur les hommes instables, notes sur les hommes avec trop d’immobilité, notes sur les hommes porte etc, 48 fois.
La surprise aussi de l’intervention d’un prestidigitateur : c’était le premier texte, en fait, notes sur ce fameux prestidigitateur, sans savoir qu’il reviendra 5 fois pour nouer les récits.

Date de publication : 14 mars 2016
Format : 14 x 22 cm
Poids : 300 gr.
Nombre de pages : 136
ISBN : 979-10-92444-38-4
Prix : 20 €

Lecture de Jérémy Liron :

Sans doute le corps est une fiction que l’on se fabrique pour tenir ensemble les espaces et les temps dans lesquels on a lieu. Et le langage, verbalisation de ces plasticités. Et la ville, théâtre du corps. Sait-on lequel prolonge l’autre ?
De corps, on en change continuellement, avec l’âge, dans les usages que l’on en fait, ceux auxquels on l’oblige. Dans ses capacités, ce qu’il renvoie du monde et de soi. Et cette image mentale même que toute sa vie on apprivoise.
Dans ces brèves fictions, chaque fois un changement minime ou absurde, en induisant une expérience autre du monde, vous en modifie l’équilibre. Et ce léger décalage enclenche toute une série de déplacements possibles avec vertiges et étrangetés. On pense d’abord à des fantaisies. François Bon, lui, dit notes. Pareils que les très courts de Kafka ou son Champion du jeûne dont le « Fameux prestidigitateur » est une sorte de frère, quelque chose vous prend au ventre qui vous concerne dans l’étrange, dans la folie même dont on se tient au bord ou qui nous traverse sans qu’on sache. À peine décalées, ce sont nos propres vies qu’on voit surgir, comme dans la brisure d’un miroir. Ceux-là qui s’effritent, sont interchangeables ou fragmentés, ne sont pas uniquement dans les projections mentales du récit, mais au plus près de vous. Derrière le drôle et l’imaginaire, ça vous tombe dessus. Fictions du corps comme autoportrait plan large. Ou, empruntant à René Char ces vers du Nu perdu, « comme si tu revivais tes fugues dans la vapeur du matin (…) l’irréel intact dans le réel dévasté ».

Texte de 4e page de couverture :

La ville est partout dans l’art, le film, le récit. On la voit comme spatialité, architecture, foule.
Mais qu’est-ce que la communauté change à nos corps ?
Et dans le rapport chacun à notre corps dans la ville, au présent de nos temps confus et sombres, avec prime au consensuel, au normé, à la surveillance, qu’est-ce qui change, quel est pour chacun d’entre nous l’inconnu de son corps ?
Et ce que nous portons d’autres images du corps, le prestidigitateur, l’acrobate de cirque ou de foire, nous aident-ils à nous projeter autrement dans la vie terne ?
C’était pour moi jusqu’ici une sorte de bastion interdit. Des auteurs comme Henri Michaux nous aident à nous y aventurer, et tout d’abord par une leçon : il n’y a que la fiction, le saut dans le fantastique, qui nous le permette.
F.B.

Les auteurs

François Bon, né en 1953, a récemment publié Fragments du dedans (Grasset, 2014), aux éditions du Seuil : Proust est une fiction (2013), Autobiographie des objets (2012), Après le livre (2011), chez Albin Michel : L’incendie du Hilton (2009), Rock’n roll, un portrait de Led Zeppelin (2008), Bob Dylan, une biographie (2007).
F.B. a d’abord publié Fictions du corps sous forme de chroniques sur son site « tierslivre.net ». Avec le musicien et compositeur Dominique Pifarély, il en donne des lectures-performances.

[Philippe Cognée, 1994]

Philippe Cognée, né en 1957, vit près de Nantes. Son travail est représenté par la galerie Daniel Templon (Paris) et par la galerie Alice Pauli (Lausanne). Il enseigne à l’ENSBA. François Bon a consacré un essai sur son œuvre, publié dans le catalogue de l’exposition au château de Chambord en 2014.

[Autoportrait, 2008]

Presse

François Bon reçoit ses exemplaires de Fictions du corps… : extrait de son service de presse n°5. [à partir de 30’30.]

Lecture de François Bon, accompagné par Dominique Pifarély, à la Maison de la poésie (Paris), le 8 avril 2014.

Articles de Marie-Josée Desvignes (blog « autre monde »), Antoine Emaz (« Poezibao »), Antoine Emaz (« CCP »), Pierre Ménard (« Liminaire »), Fabien Ribery (« L’Intervalle »).

Article de Thierry Romagné (Europe) > cf. fichier PDF ci-après.

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Extraits

On dispose de plusieurs hypothèses sur l’élaboration de ce livre.
La première et plus vraisemblable tenait à l’évolution de la communauté même : éclatée, sans plus rien savoir de son voisin le plus immédiat, un nostalgique, un archiviste, un scribe probablement borné avait entrepris cette enquête et cet inventaire, soit qu’il puisse avoir connaissance directe de ce qu’il établissait, soit qu’il se base sur des on-dit ou des textes de lois et constats conservés par l’administration centrale.
La deuxième disait que la communauté elle-même, sur toute l’étendue de la ville, avait enjoint qu’on lui transmette un état précis des qualificatifs, témoignages et modes de vie, qu’on avait ensuite synthétisé ces rapports et établi les principales catégories avant de les rassembler dans ce bref ouvrage.
La troisième disait que rien de tout cela n’était qu’invention : dans l’éclatement de la communauté, dans le désarroi de la ville morne et comme à elle-même absente, un scribe angoissé et rejeté, sans fonction ni emploi, avait voulu se venger en exagérant ainsi tous les traits invisibles de l’époque.
La quatrième était tout simplement une tentative de se consoler : on pouvait interpréter ce livre comme l’état d’une ville et d’une communauté il y a longtemps disparus, on pouvait l’interpréter comme une sorte de menace prophétique sur ce qui attendait désormais la communauté confrontée à son étiolement ou sa fin de plus en plus inéluctable.
Restait la plus immédiate et la plus simple : c’était juste l’exacte transcription de nous-mêmes, par un témoin direct de ce qu’était devenue notre ville, notre communauté.
En tout cas, il existait, ce livre.

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