cosa

Cosa conte l’histoire d’une déliaison, la fin d’une possession.
Se délier, se désaliéner, se libérer d’une petite mort, d’un deuil, d’une passion néfaste et douloureuse portant, dans la nuit, les masques de l’amour et ceux de la folie. Une lutte, un combat, dans un pays de neige et de froid, pays coupant, glacé, glaçant. Spectre rêve fantôme blessure angoisses en fusion, parole noire poésie blanche, récit anamnèse chant d’amour et de mort, thrène rugueux, rêche canso de rocailles – gerçure, blessure, brûlure.

Date de publication : 14 avril 2017
Format : 22 x 14 cm
Poids : 170 gr.
Nombre de pages : 80
ISBN : 979-10-92444-47-6
Prix : 15 €

Lecture d’EMMANUELLE GUATTARI :

Au bord du Trou de Bozouls, faille béante du Causse, l’esprit plonge à l’envers, dans le temps arrière. Jusqu’au fond, fond des temps géologiques que les mouvements telluriques ont entassé, visible mais mort, figé. Rangé dans l’âme souterraine de la terre, en couches stables. Pourtant la plongée est telle que l’air semble en mouvement dans ce trou.

Ce chavirement, cet étourdissement de l’être, surgit à la lecture de cosa, amour perdu. Avec le serpent croisé sur le chemin, on se faufile entre deux pierres, on entre dans le temps disparu qui se dresse sur les parois, ou les pentes.

En empruntant ce passage, François Bordes ranime la pierre, la mousse repousse, revient sur les murs, sur les arbres s’agitent les sequins jaunes de l’automne ; la vie tremble qu’il avait fuie, ce chancellement dans l’amour irradié, dans l’amour qui a fini.

Au bord de la chute, sur le rebord où l’on se tient dans la convalescence du souvenir, ressurgit un moment la douloureuse intensité, la tentation de la morsure, cette fulguration.
Le cœur en écharpe, comme après une fracture, le cœur pansé, le poète revient au volcan : où es-tu amour malade et adoré ?

Qu’est-il est venu vérifier ? Il se penche pour voir et la pierre s’anime de mica : dans cette couche éteinte du passé qu’il cherche il voit l’amour qui s’embrase – cosa pleurée ! – soudain des braises du cœur flambé.

Une vieille fièvre au corps fatigué se ranime et nous dévalons les pentes. Dans le gouffre du premier amour le corps sanglé du raisonnable chavire. Imprudent chaviré ! Téméraire guéri qui montre ses cicatrices !

Le temps a creusé le Trou de Bozouls. On s’y penche sur les caves du monde : fondations à ciel ouvert des forces tectoniques qui ont malaxé notre terre et formé le plat que nous foulons. Anamnèse venteuse et perpétuelle, inquiétant vertige au dessus du gouffre où souffle l’esprit.

Le temps a creusé jusqu’à la cave du Jadis : de cosa, au sol, il reste seulement le dessin des fondations de l’immeuble que le poète veut revoir et qui a été rasé ; le premier amour est fiché dans la chair comme le fer rouillé dans la pierre : fissurant, qui nous fend dès le gel, fêlure de l’être.

Les auteurs

François Bordes est né en 1973, il vit et travaille à Paris. Historien et poète, il est chargé des sciences humaines à l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine). Son premier recueil de poèmes, Le Logis des passants de peu de biens (Nunc/Corlevour, 2015) a obtenu le prix Charles-Vildrac de la Société des Gens de Lettres.

Ann Loubert, née en 1978, a étudié la peinture à l’École des Arts décoratifs de Strasbourg. Son travail est en prise directe avec le réel : portraits, paysages, scènes de vie, fleurs… Elle dessine et peint avec le sujet sous les yeux, sans passer par l’intermédiaire de la photo. Sa démarche est double : la pratique nomade du dessin, assidue, quotidienne, lui permet de glaner des images, des moments de vie, par des croquis rapides et instantanés ; la pratique de l’atelier, nécessairement sédentaire, propose une autre temporalité, celle par exemple des temps de pose. Ce travail sur le motif donne une peinture figurative mais allusive, pratiquant l’ellipse, la suggestion, la recherche de lignes épurées. Les techniques et les matières sont choisies pour leur fluidité – aquarelles, encres sans épaisseur… – et permettent de saisir une réalité mouvante, parfois fugace.

Son site Internet.

L’Atelier contemporain a organisé une exposition de ses œuvres, avec celles de Clémentine Margheriti, à la Halle Saint-Pierre en 2014 (catalogue).

Un dossier a été consacré à sa peinture dans le n°1 de la revue « L’Atelier contemporain », et L’AC a édité plusieurs de ses gravures.

[Autoportrait au cœur de bœuf, 2005, huile sur toile, 120 x 80 cm.]

Presse

Article de Jean-Paul Gavard-Perret (« Le littéraire »).

Extraits

I

tu es venue dans mon rêve
cette nuit
cosa

tu voulais que je te nomme ainsi
cosa petite chose

je ne comprenais pas ce que cela voulait dire
et je cédais à ton invitation
je t’écrivais je t’appelais
cara cosa
chère cosa
cosa mia

///

sans doute étais-je aveugle et sourd
tristement sourd
à ta voix détresse et silences

séquestrée par des ombres sonores
la Passion de Saint Mathieu
la Jeune fille et la mort

chaque matin chaque soir
des spectres te tourmentaient
tu vivais entre quatre murs
d’où s’échappait
malgré la peinture fraîche
une odeur de moisi
de vieilles graisses
de poussières anciennes
lambeaux de papiers peints
gravats
copeaux de rouille

///

tu survivais entre ces murs
chaque jour peau poils os cheveux
pétrifiés

cosa-la-muraille
qu’es-tu donc devenue ?
les livres et les rues
les arbres et les chants
ont-ils pu te sauver ?

j’ai rêvé de toi
cosa-la-fantôme
comme on rêve
d’une forêt perdue
d’un bal masqué s’achevant à l’aurore

///

j’ai rêvé

au matin mes yeux
se sont ouverts et
en marchant sous la pluie, j’ai retrouvé l’odeur
l’odeur d’ambre et d’arbre qui te servait de traîne
j’ai retrouvé
tes mots ta brume et ta lueur

laisse-moi maintenant
fantôme
laisse-moi chanter
notre petite mort

II

un corps mou et mouillé
comme une algue de sang
stagne dans tes yeux

les mots parfois
essaient de le pleurer
de l’expulser de le dissoudre

un jour j’ai dit cadavre
tu t’es jetée sur moi pas ce mot pas ce mot
ne crache pas ce mot

je t’ai laissée me prendre
comme un chemin de terre
il est tard je veux t’oublier

///

un fantôme me reste
masque de papier
je voudrais te brûler

sonnets cadavériques
ou pages de journal
rien n’y fait rien

il ne reste qu’à chercher
l’apaisement et la grâce
dans la douce hérésie
des contes et des légendes

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