Pelotes, averses, chemins

Tout d’abord un dessin de Patricia, auquel Albane répond par un poème. Puis Patricia répond à ce poème par un nouveau dessin. Albane, bien sûr, renvoie un second poème. Et elles ont continué ainsi. 37 dessins et 37 poèmes constituent finalement ce livre : le peintre n’a pas illustré le poète, ni inversement, mais tous deux ont dialogué, conversé, échangé, chacun avec ses armes.

Date de publication : 16 mars 2018
Format : 14 x 22 cm
Poids : 550 gr.
Nombre de pages : 160
ISBN : 979-10-92444-62-9
Prix : 25 €

Parce que les phrases ne sont pas boites de conserve, montres réglables, j’y creuse et cherche des raisons, des joies, des bouées. Des mots baleines tissent paletots pour quelques nuits d’hiver très froides.

Colère alors haute levée pour les aplatisseurs de verbes
les incolores de tous côtés, les langues-fumées.

Continuerai à tisser sens avec les sons, à tendre étendre mes chantiers, jusqu’à de nouvelles questions, à inventer.

Traduire ce qui arrive en face, ou bas-côtés,
aimer des poèmes-territoires, aimer rien d’autre,
arpenter champs pas défrichées, des lignes : vigoureuses, s’écrivant à tâtons, dépliées.

Cailloux galets et ceux du petit poucet, plumes d’anges,
rires déroulés, ballons de foot, aigrettes et fleuves,
mouettes et océans, tous les arbres de toutes les forêts,
les bosquets de lavandes aussi, les horizons, les girafes,
les opéras

Le monde rentre dans mes poumons dans mes oreilles et dans ma peau le monde en face et tout autour dessus ma tête et sous mes pieds et puis dedans à l’intérieur
il passe partout même par-dessous ma bouche cousue
passe-muraille il se faufile ou heurte brusque cogne à ma porte

(monde-cheval, monde-pelouse, monde-cerf-volant,
ou cinéma)

J’entends les feuilles tomber de haut j’entends ta voix j’entends l’orage qui ne gronde pas j’entends le clapotis de l’eau et les moteurs des mobylettes j’entends tes bruits dans la maison et dans la rue ceux qui trébuchent j’entends l’urgence des pompiers

Je ferme la télévision pour écouter les mots du monde,
souffles et sons
les phrases drôles
les musiques
je n’entends pas toutes mes bêtises
pardonnez-moi j’entends les vôtres j’apprends à rire

Albane Gellé

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Que le sujet soit végétal, animal ou tout simplement humain, les peintures et les dessins de Patricia Cartereau offrent leur dualité au regard : sous la beauté formelle, la fragilité des oeuvres, la récurrence du monde de l’enfance, sourdent la violence des rapports humains et l’inquiétante menace que représente le monde qui nous entoure. Ainsi les formes de l’enfance peuvent-elles se transformer en monstres terrifiants, une biche peut-elle symboliser la terrible fragilité qui pèse sur l’innocence. Chaque image en cache une autre, déplace la référence ou la questionne. La représentation la plus intime interroge l’humanité tout entière. Et chacune de ses œuvres est l’occasion pour le spectateur de remettre en question son regard et sa lecture : que se cache-t-il derrière l’évidence de ce que nous voyons ?

Les auteurs

Patricia Cartereau est née en 1970, elle vit et travaille dans la région de Nantes, peint et dessine, et expose régulièrement dans des centres d’arts et des musées. En 2013, lors de l’exposition Chasse et chassé (domaine départemental de la Garenne Lemot, en Loire Atlantique), elle montre une série de dessins Bêtes à l’envers – en hommage à Chardin. S’ensuivront d’autres dessins réalisés pour La Hante.

Le site Internet de Patricia Cartereau.

Albane Gellé est née en 1971 à Guérande (44). Elle fait des études de lettres modernes à l’université de Nantes où elle écrit en 1999 un mémoire de maîtrise sur la poésie d’Antoine Emaz. Elle a commencé à écrire très jeune et l’écriture « a fait suite pour (elle) à une blessure du langage ». A organisé (de 1999 à 2012) dans différents lieux (Saffré, Oudon, Abbaretz, Saumur) des événements et des actions autour de la poésie, de la littérature, au sein d’associations (Hurluberlu, Compagnie Cent Doutes, Poïen, Littérature et Poétiques devenue La Maison des Littératures). Vit aujourd’hui à Chênehutte, à côté de Saumur (49). A créé en 2014 « Petits chevaux et compagnie » qui propose des temps et des espaces pour vivre les liens avec le cheval, en dehors de l’équitation.
Elle a notamment publié : Quelques (Inventaire/Invention, 2004), Je tu nous aime (Cheyne, 2004), Je, cheval (Jacques Brémond, 2007), Bougé(e) (Seuil, 2009), Si je suis de ce monde (Cheyne, 2012), Souffler sur le vent (La Dragonne, 2015), Sais-tu (Faï Fioc, 2016).
Le blog d’A. Gellé.

Extraits

si la pluie trop balaye les rues
ce sera jour à traverser
fleuve et deux îles : aller
vers des abris, certains et calmes
une seule aiguille fera ses tours de cadran
pendant que loups, sous des cascades,
pendant que nous, nos décollages
(de toute façon j’attraperai ce que tu lances,
tu reviendras

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des portes flottent, j’enjambe lacs
sur mes épaules le poids de l’eau,
à s’ébrouer.
pierre après pierre je démonte
les toits dessus toutes les têtes
je pile devant quelques comètes.

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de bon matin lichen s’étend
sans chien d’aveugle
en promenade de coquillage ;

guettant lever d’horizon clair, une envolée, quelques
accrocs dans la doublure, je
marche sur les toits des trains ;

tout ce qui chute, tout ce qui

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mes courants d’air, racines vibrent
traversant peau fine solide
j’ouvre fenêtre dans un sommeil
d’oiseaux-secours, maisons se vident
palpitent, coulent, je me
retourne.