L’art à bras-le-corps

Outre l’exceptionnelle acuité de ses analyses des œuvres des artistes qui ont marqué la scène artistique londonienne depuis la seconde guerre mondiale, David Sylvester est l’un des premiers en Europe, à avoir saisi l’importance et la portée du renouvellement artistique opéré outre-Atlantique par les représentants de l’expressionnisme abstrait et leurs descendants. Ce regard tourné vers l’Amérique ne l’a pas empêché de porter, tout au long de sa vie, une attention très vive aux artistes du vieux continent, attention nourrie d’une part d’une profonde connaissance des pionniers du modernisme et, d’autre part, d’un lien privilégié à Paris où il n’a cessé de revenir depuis la fin des années 1940. En dépit de cette proximité et de son attachement à la France, son œuvre prolifique et très largement commentée dans les milieux académiques anglosaxons n’est que peu, et très partiellement, connue du lectorat francophone. Cet ouvrage vise à combler cette lacune en proposant un corpus de textes critiques et d’entretiens d’artistes qui offre un aperçu rétrospectif de la façon dont Sylvester a regardé, pensé et écrit sur l’art du XXe siècle.

Date de publication : 19 mars 2021
Format : 16 x 20 cm
Nombre de pages : 608
ISBN : 979-10-92444-83-4
Prix : 30 €

En 2002 se tint, à la Tate Modern de Londres, l’exposition Looking at Modern Art – In Memory of David Sylvester. Mise au point par Sylvester lui-même jusqu’au dernier jour de sa vie, en juin de l’année précédente, et devenue hommage, elle plaçait l’art du XXe siècle tout juste achevé dans une perspective qui n’était pas tant celle de l’historien de l’art, à visée objective, ou du grand amateur, à tonalité affective, que du critique dans sa trajectoire intellectuelle. En trois salles renfermant les œuvres de dix-neuf artistes « exemplaires » étaient ainsi reconstituées une compréhension, une vision, une relation forgées au fil d’une carrière de près de cinquante ans.
Comme l’indique son sous-titre : Parcours dans l’art du XXe siècle, ce recueil de textes reprend le principe d’une déambulation aux côtés de Sylvester. Précédés de reproductions des œuvres de l’exposition, ces essais, articles ou entretiens réunis par le traducteur Olivier Weil les mettent en lumière tour à tour, elles ou leurs créateurs. Cézanne, Mondrian, Soutine, Bonnard, Bacon, Giacometti, Picasso, de Kooning, Pollock, Twombly, Jasper Johns, Magritte, Matisse, Barnett Newman, Warhol, Claes Oldenburg, Richard Serra, Donald Judd et Jeff Koons : tels sont les noms scrutés par l’œil légendaire du critique, les figures interrogées avec sa non moins célèbre capacité d’écoute. Des détails apparaissent, des logiques se dégagent, des rapports hardis s’établissent.
L’aspect commémoratif n’est pas non plus absent de ce recueil. Commissaire de l’exposition, Nicholas Serota relate sa genèse ainsi que ses relations avec Sylvester et les derniers jours de sa vie ; Jean Frémon et Fabrice Hergott signent des témoignages de leurs rencontres ; et le mot de la fin revient à Sarah Whitfield, sa collaboratrice sur le catalogue raisonné de Magritte et compagne pendant plus de vingt ans. Ainsi se dégage le profil d’un personnage hors normes, mémorable, clivant, dans lequel Yve-Alain Bois, en introduction, croit voir incarné l’idéal du critique selon Baudelaire : « partial, passionné, politique ».

Les auteurs

Né en 1924, David Bernard Sylvester rédige à partir de 1942 des critiques d’art pour l’hebdomadaire socialiste Tribune, dont George Orwell est le directeur littéraire. Un article sur Henry Moore attire l’attention de l’artiste, qui recrute l’auteur comme assistant à temps partiel. Sylvester organise la première rétrospective de Moore à la Tate Gallery en 1951. Dès les années 1960, il exerce une influence considérable à travers ses conférences et ses expositions, ainsi que par ses critiques, articles et catalogues. Proche de Francis Bacon et d’Alberto Giacometti, il leur consacre plusieurs expositions, monographies et essais de référence. Il élargit son horizon aux artistes non figuratifs, tels que Jackson Pollock ou Willem de Kooning, ainsi qu’au pop art. Il occupa divers postes dans de nombreuses institutions : Arts Council, équipe de production du British Film Institute, conseil d’administration des galeries Tate et Serpentine, direction des acquisitions du Musée national d’art moderne de Paris.

Parmi les nombreux ouvrages de David Sylvester, citons ses entretiens avec Francis Bacon, et Francis Bacon à nouveau ou En regardant Giacometti qui seront réédités prochainement par L’Atelier contemporain.

Extraits

Sommaire

Yve-Alain Bois : Le critique passionné

Olivier Weil : Note sur la composition du volume et la traduction

Nicholas Serota : La fabrication d’une exposition

*

Notes sur Cézanne (1996)

Une tulipe aux feuilles blanches (1966)

Fils de Cézanne (1995)

Soutine (1981)

La Table de Bonnard (1962)

Un nu dans la maison (1966)

Francis Bacon (1954)

Francis Bacon (1962)

Notes sur Francis Bacon (1996)

Bacon et Matisse (1996)

Perpétuer l’éphémère (1955)

Picasso et le cubisme analytique (1960)

Picasso et Duchamp (1989)

Picasso et Braque (1996)

Willem de Kooning – Entretien (1960)

Pour l’amour de la chair (1993)

Woman I (1995)

Jackson Pollock (1958)

Jackson Pollock (1999)

Le théâtre des opérations (1995)

Cy Twombly – Entretien (2000)

Jasper Johns (1964)

Jasper Johns – Entretien (1965)

Tirs sur une cible en mouvement (1997)

Le dernier Picasso : de Beaubourg à la Tate (1988)

Magritte (1961)

Magritte (1968)

Matisse et son modèle (1968)

Le vilain petit canard (1987)

Barnett Newman – Entretien (1965)

L’artiste qui nous a montré ce qui est (1987)

Factory to Warehouse – Andy Warhol (1994)

Claes Oldenburg – Entretien (1965)

Les machines molles de Claes Oldenburg (1967)

Richard Serra – Entretien (1997)

Donald Judd (1997)

Jeff Koons – Entretien (2000)

*

Curriculum vitae

*

Jean Frémon : C’était David Sylvester

Fabrice Hergott : Souvenirs de David Sylvester

Sarah Withfield – Entretien avec Olivier Weil

*

Index des noms cités

David Sylvester – Repères biographiques

David Sylvester – Bibliographie sélectionnée

Essais sur l’art

Parce qu’ils s’entendent à restituer dans le corps de la langue une expérience intime des œuvres, les écrivains, eux-mêmes créateurs, sont peut-être les plus à même de tenir un propos sur l’art. Suivant cette voie tangente à la critique académique, la collection « Essais sur l’art » recueille le point de vue d’auteurs qui se sentent partie liée à d’autres formes de langage.
« Un discours sur l’œuvre de peinture qui ne serait autre que le discours de l’œuvre de peinture est-il possible ? » (Louis Marin) — voilà qui pourrait être un des enjeux de cette collection.

As they want to render an intimate experience of the works of art into the language itself, writers – who are also creators – may be the most likely to talk about art. Following this path similar to academic critics, the collection “Essays on art” gathers points of view of authors who feel linked to other forms of language.
“Is a speech about painting – which would be no other than the speech of painting – possible ?” (Louis Marin) : this could be one of this collection’s issues.

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