La Triade

Correspondance croisée d’André du Bouchet, Henri Maldiney et Pierre Tal Coat. Une édition établie et présentée par Jean-Pascal Léger.

Date de publication : 19 avril 2018
Format : 16 x 20 cm
Poids : 200 gr.
Nombre de pages : 96
ISBN : 979-10-92444-51-3
Prix : 20 €

C’est tout de même quelque chose que cette rencontre de trois expériences éprises avant tout de la Réalité. (Henri Maldiney)

La rencontre est une source vive pour certaines des plus belles aventures de notre histoire de l’art : ainsi Mallarmé et Manet ou Mallarmé et Redon..., Braque et Reverdy...
Ainsi l’amitié qui unit en une sorte de Triade un peintre, Pierre Tal Coat (1905-1985), un philosophe, Henri Maldiney (1912-2013) et un poète, André du Bouchet (1924-2001).
Commencée à l’été 1948, à Aix-en-Provence où Tal Coat habitait dans les parages de la Montagne Sainte-Victoire, cette relation féconde se poursuivit jusqu’à la disparition du peintre et, bien au-delà, André du Bouchet et Henri Maldiney cherchèrent la vérité de cette peinture jusqu’à leur propre disparition.
La Triade ne désigne ni un groupe ni une Ecole mais des interlocuteurs doués chacun d’une indépendance impérieuse. Leur amitié donna lieu à des préfaces, à des articles, à des livres, à des dessins et à des gravures pour ces livres : ceux qu’André du Bouchet et Pierre Tal Coat réalisèrent ensemble comptent parmi les chefs d’œuvre du livre illustré. De la mise en page à l’accrochage le pas fut souvent franchi vers de grandes expositions.
La Triade ne représente pas un abri, plutôt « une clairière en formation ». Chacun éprouva dans le voisinage de l’autre une chance pour sa pensée et pour sa création. Ainsi le philosophe qui pratiquait l’alpinisme prêtait-il autant d’attention aux failles de l’homme qu’aux fêlures de la roche, il avait reconnu très tôt que la secousse, la déchirure animaient profondément les fulgurances de la poésie d’André du Bouchet et que le peintre des Failles visait toujours, comme lui, l’arête la plus aiguë.
Leur correspondance atteste les liens, les rebonds des rencontres inattendues donc sans cesse un nouveau travail qui se confond avec les ruptures ou les permanences de la vie. La continuité amicale apporte un soutien, souvent matériel, elle s’exerce aussi dans la marche sur les sentiers de campagne et de montagne, elle nous offre déjà les premiers états, les premiers éclats de textes habités, éclairés, traversés, « espacés » par la présence de Tal Coat.

Les auteurs

André du Bouchet passe son enfance en France jusqu’à la débâcle de 1940 qui le jette sur les routes, avec le dictionnaire Bailly de grec sous le bras. Sa famille s’exile aux États-Unis où il passe son adolescence, et mène ses études à l’université d’Harvard, devenant même professeur d’anglais.
André du Bouchet revient en France à la fin des années 1940, et commence à écrire des critiques sur Victor Hugo, Baudelaire ou Shakespeare. Ses premiers écrits poétiques des années 1950 paraissent sous la forme de plaquettes qui seront plus tard refondues dans son opus majeur, Dans la chaleur vacante.
Sa poésie exigeante, réfractaire à tout embrigadement, s’inscrit dans le sillage de Stéphane Mallarmé et voisine avec celle de Pierre Reverdy ou René Char ; elle ouvre sur un paysage dans lequel erre l’homme, hiératique et pourtant central. Il est le cofondateur en 1967 avec Yves Bonnefoy et Jacques Dupin de la revue L’Éphémère, qui accueille des poètes comme Philippe Jaccottet ou Paul Celan.
Parallèlement à son travail poétique, André du Bouchet écrit livres et textes sur Poussin, Seghers ou ses contemporains et amis Alberto Giacometti, Bram van Velde et Pierre Tal-Coat. Ceux-ci illustreront de nombreux livres d’André du Bouchet.
Il signe aussi de nombreuses traductions comme celles de Friedrich Hölderlin, Ossip Mandelstam, Faulkner, Joyce et Shakespeare.
Installé à Truinas dans la Drôme depuis de nombreuses années, André du Bouchet y décède le 19 avril 2001.

[Pierre Tal-Coat, 1975, mine de plomb sur vélin, 41,5 x 26,5 cm]

Henri Maldiney est né en Bourgogne (à Meursault) en 1912. Homme de parole d’abord, il n’a été l’auteur d’une œuvre écrite que tardivement. Ami des peintres, Duvillier, Bazaine et surtout Tal Coat, Henri Maldiney a, dès l’après-guerre, travaillé avec Georges Duthuit le retrouvant volontiers près de la Sainte-Victoire. Cette proximité lui permet, selon l’expression de Jean Bazaine, de « parler peinture » - ajoutant : « comme un peintre peut en parler ». Ami de longue date de Francis Ponge, Henri Maldiney a eu souvent l’occasion de retrouver André du Bouchet – de nombreux textes de l’un et de l’autre témoignent de leur dialogue.
Une association Henri Maldiney lui a consacré un site Internet. Son œuvre a été rééditée par les éditions du Cerf.

Pierre Tal Coat ("front de bois" en breton), (1905-1985), est considéré comme l’un des plus grands peintres de paysage. C’est le peintre des éléments (la terre, l’eau, l’air) qu’il restitue dans ses peintures, ses aquarelles et ses dessins. "Tal-Coat s’est donné pour tâche de capter sans répit ce moment de l’acte perceptif où la flèche du dehors heurte la rétine de l’observateur et submerge sa sensibilité, instant bref d’avant la désignation, espace étroit où nous sommes saisis du phénomène avant que nous ayons eu le temps de lui fixer un ordre, de lui donner une forme, avant que nous ayons pu le classer selon nos modes inculqués ou notre culture. Faille, abrupt, par où s’engouffre soudain le flux du vivant, nous rendant perméables à la durée et à l’espace." (Florian Rodari)

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